Soirée découverte des chauves-souris de la Carrière de Baulmes

Plus de 40 personnes ont participé à la soirée de découverte des chauves-souris organisée à la Carrière des Rochettes de Baulmes, le jeudi 20 septembre dernier, à l’initiative de l’association « Baulmes demain ». Les participants n’ont pas été déçus : 68 chauves-souris de 8 espèces différentes ont pu être capturées au filet et présentées dans leurs moindres détails à un public ravi, grâce aux travaux et aux explications réalisés par des spécialistes de l’Université et du Musée zoologique de Lausanne, Laura Clément, Nadia Bruyndonckx, Philippe Christe et Olivier Glaizot.

La Carrière des Rochettes et ses nombreuses galeries sont situées au-dessus du village de Baulmes à une altitude de 750 à 800 m. L’exploitation, destinée à l’usine des Chaux et Ciments, a débuté vers 1900 dans la mine supérieure. Elle s’est interrompue vers 1920, au profit d’une autre mine, située légèrement plus bas. Ces galeries seront utilisées jusqu’à la guerre. Puis c’est à ciel ouvert dans la carrière des Rochettes que se poursuivra l’exploitation pour l’usine des Chaux et Ciments dont l’arrêt définitif interviendra en 1962.

Depuis lors, la carrière des Rochettes héberge une biodiversité remarquable. En premier lieu, ce sont bien sûr les chamois ou le renard qu’on peut observer à loisir, mais aussi des oiseaux originaux, comme l’hirondelle de rochers ou le tichodrome échelette et également des batraciens : crapaud commun et accoucheur, grenouille rousse, salamandre tachetée, triton alpestre. On y trouve également une flore remarquable avec plusieurs espèces d’orchidées rares et protégées. Mais ce sont surtout l’abondance et la diversité des chiroptères qui en font son intérêt exceptionnel. En effet, si 32 espèces de chauve-souris ont été recensées en Suisse 14 d’entre-elles ont été découvertes ces dernières années dans les galeries de la carrière des Rochettes, dont certaines sont rarissimes en Suisse. Il s’agit tout simplement du site le plus riche de Suisse !

Durant la soirée du 20 septembre, 8 de ces 14 espèces ont été contrôlées, comme la Pipistrelle commune, la plus petite espèce de Suisse, avec son poids de 3 à 8 grammes, la plus commune lors de cette soirée avec 36 individus capturés. Deux Grands rhinolophes, l’une des plus grandes espèces d’Europe, dont le poids varie entre 17 et 34 grammes, pour une envergure de 35 à 40 cm, ont été capturés. L’espèce est pourtant très rare. C’est seulement la deuxième fois en 20 ans de prospection qu’elle a pu être identifiée ici.

Parmi les autres observations, on mentionnera 2 oreillards roux, 9 minioptères de schreibers, 4 grands murins, 10 sérotines commune, 4 barbastelles d’Europe et un murin de daubenton.
Comment comprendre cette abondance et cette diversité exceptionnelles des chauves-souris dans ce milieu ? Une des explications réside dans la structure et les conditions régnant dans ces galeries. A partir d’une profondeur suffisante, les conditions thermiques de ces mines ne varient pas dans le courant de l’année. La température qui y règne est la température moyenne annuelle. Or, la galerie supérieure présente un développement de plus de 6 km et celui de la galerie inférieure atteint près de 11 km. Suivant les endroits, dans ces dédales, les chauves-souris trouvent les conditions qu’elles recherchent, dans des emplacements dont la température varie entre 4°C et 7°C.

Une telle manifestation est essentielle pour faire découvrir à tout un chacun le rôle et la variété des chauves-souris de nos contrées. Si, historiquement, elles pouvaient inspirer craintes et superstitions, nul doute que leur observation et les explications très détaillées et très didactiques données par les scientifiques sur leur mode de vie et leur rôle dans les écosystèmes vont plutôt les rendre admirables aux yeux des observateurs qui ont eu la chance de les voir.

Texte : Pierre-Alain Ravussin
Photos : Esther Rehacek